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Qu'est-ce que l'UNEF ?

Discours d'introduction de Jean-Baptiste Prévost au 81ème congrès de l'UNEF

Discours ouverture 81ème congrès de l’UNEF
Jean-Baptiste Prévost, Président de l’UNEF

Jeudi 23 avril 2009 – Marseille, Parc Chanot

 

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et messieurs les invités,

Chers amis,
Chers camarades,
 

Je voudrais remercier l’ensemble des intervenants qui m’ont précédé.  

Merci aux collectivités locales pour l’aide qu’elles ont apportées à l’organisation de ce congrès, et en particulier à la Région PACA et le Conseil Général des Bouches du Rhône. Merci également au CROUS d’Aix-Marseille. 

Merci à l’ensemble de nos partenaires associatifs et institutionnels, parmi lesquels je veux notamment citer la mutuelle des étudiants, et les organisations de jeunesse.  

Merci à l’ensemble des syndicats, et en particulier à leurs secrétaires généraux qui interviendront pendant nos travaux. Votre présence et votre soutien sont pour nous déterminants : je le prends comme une approbation à la volonté déterminée de l’UNEF de s’insérer dans le champ syndical de notre pays, et comme un soutien loyal et partagé à nos luttes communes. 

Merci enfin à l’AGE d’Aix-Marseille qui nous accueille et à tous ceux qui par leur dévouement militant ont permis l’organisation de ce beau congrès. 

C’est un honneur et un immense plaisir pour moi de déclarer ouvert ce 81ème congrès de l’UNEF.  

Notre congrès s’ouvre dans un contexte politique et social particulièrement difficile, qui appelle une intervention forte de la principale organisation de jeunesse. Notre pays s’enfonce dans une crise économique et sociale dont nous subissons chaque jour un peu plus les conséquences.

Cette crise n’est pas une crise de surface, elle touche au cœur les dogmes libéraux qui ont dicté la marche du monde depuis bientôt trois décennies. Elle n’est pas due aux excès de quelques uns, mais à la promotion sans relâche d’un système économique reposant sur le primat de l’argent et du profit sur la condition humaine. Cette crise prend racine dans les politiques antisociales, elle résulte d’années de déflation salariale, elle trouve son origine dans les inégalités de répartition des richesses. Son issue nécessite de rompre le système politique et économique qui l’a créé.

Pourtant, le gouvernement ne nous propose rien d’autre qu’une fuite en avant libérale au moment précis où le libéralisme échoue.  

Alors que l’urgence est à plus de régulation, il poursuit avec méthode et constance la politique de démantèlement de l’Etat et des solidarités.

Alors que la France résiste mieux à ses voisins grâce à son secteur public puissant, il s’obstine à accélérer la privatisation des services publics de l’emploi, de l’hôpital, ou de l’éducation.

Alors que l’urgence est à plus de solidarité, il défend avec acharnement son bouclier fiscal scandaleux et injuste qui oblige les pauvres à secourir les plus riches.

Alors que le chômage explose, il organise le plus grand plan social de la période en supprimant des milliers d’emplois dans la fonction publique.

A l’heure où les dogmes prétendument indépassables du libéralisme font chaque la preuve de leur échec, le gouvernement utilise ces circonstances exceptionnelles pour franchir une nouvelle étape dans la dérégulation de la société française. 

Cette politique n’est plus seulement sans complexe, elle est désormais sans scrupule. Les gesticulations présidentielles contre les comportements de quelques patrons voyous n’y changeront rien. Quelle duplicité chez ceux qui cherchent aujourd’hui des coupables, alors que ce sont leurs propres choix politiques qui sont la cause de l’effondrement économique auquel nous assistons ! Ceux qui font semblant de découvrir aujourd’hui les conséquences d’un système dont ils n’ont cessé de vanter les mérites n’ont finalement qu’une seule idée en tête : faire le dos rond pendant la crise pour mieux recommencer leurs turpitudes et leurs excès après.  

Nous avons conscience d’entrer dans un moment charnière. Devant nous a commencé l’effondrement du système reposant sur la marchandisation de toutes les activités humaines. Nous savons ce qui n’est plus, nous ne savons pas encore ce qui va naitre. Personne ne sait de quel côté cette crise finira par rouler.  

Mais nous savons une chose : notre génération refuse cette société plus injuste, plus inégale, plus dure, où seuls ceux disposant des rentes issues de la naissance peuvent s’en sortir. Plus que jamais, le syndicalisme étudiant de transformation sociale a un sens. De ce débat nous devrons nous saisir pendant notre congrès. 

Car cette société qui se déconstruit aujourd’hui sous nos yeux, nous ne l’acceptons pas. Il n’est pas acceptable que des salariés soient incapables de vivre dignement des revenus de leur travail, quand une poignée de financiers et d’actionnaires continuent de s’enrichir sur leur dos. Il n’est pas tolérable que l’accès aux soins des plus fragiles soit durcit par des franchises médicales, alors que des milliers de français n’ont pas aujourd’hui les moyens de se soigner. Il n’est plus supportable que des familles, des étudiants, des hommes et des femmes vivent dans notre pays la peur au ventre d’être expulsés vers leur pays d’origine, parce que c’est porteur électoralement. 

Mes chers camarades, quand un gouvernement fait reposer sa politique sur un raccourci nauséabond entre immigration et identité nationale, l’heure n’est plus à la lepénisation des esprits mais à celle des textes de loi. Nous devons dénoncer cette politique, avec toute la force et la détermination qui sont les nôtres. Et à nos frères étudiants étrangers, à tous ceux victimes de cette politique du chiffre, nous affirmons notre solidarité sans faille. 

Le Président de la République peut bien essayer de se rassurer en remplaçant le peuple par des militants UMP lors de ses meetings ou en tenant à l’écart les manifestants lors de chacun de ses déplacements, il ne parviendra pas à faire oublier la lame de fond qui monte dans le pays et qui refuse ces injustices et l’ordre social qu’on nous impose. Le puissant mouvement social qui s’est mis en marche depuis le 29 janvier est une formidable source d’espoir. Par sa force, par sa durée, par son unité, il a permis de lever le couvercle de la résignation sociale.  

En ces temps difficiles, l’unité syndicale donne confiance. L’immense majorité des français l’approuve. Elle doit se poursuivre. Cette unité syndicale est inédite, parce qu’elle dure, mais aussi parce qu’elle permet aux salariés d’exprimer une demande unanime de changement de cap politique. Le mouvement social ne s’oppose pas à la crise, il dénonce une politique qui manie l’injustice avec cynisme, qui creuse les inégalités, qui prive notre pays des marges de manœuvre nécessaires.

M. le Président de la République, vous être en train d’emmener notre pays dans le mur, un changement de cap s’impose. Comme des millions de français, la jeunesse vous le demande. M. le président, vous détruisez les espoirs d’une génération entière, changez de politique. M. le Président, vous précarisez des dizaines de milliers de familles pour le bonheur de quelques privilégiés, changez de politique. Les étudiants réunis au congrès de leur syndicat vous le demandent solennellement, changez de politique sociale, changez de politique économique, changez de politique éducative !

Changez-en vite, car nous n’en sommes pas au sommet d’une crise mais bien à son réveil, si une prise de conscience ne s’opère pas. Si la société n’a d’autre perspective à offrir à sa jeunesse que la déqualification, la précarité, et chômage, elle pose les bases d’une rupture durable avec notre génération. Dès le 1er mai, aux côtés des salariés, les étudiants sauront rappeler cette exigence de changement et cet avertissement !

Nous n’avons évidemment pas la capacité de répondre syndicalement à toutes les demandes d’alternatives qui s’expriment, mais par nos revendications et par nos combats nous contribuons à les construire. C’est pour cette raison que nous avons souhaité porter les aspirations de la jeunesse et débattre, en toute indépendance, avec les organisations politiques lors de ce congrès. L’UNEF n’a pas de leçons à recevoir et ne se permettra pas d’en donner elle-même aujourd’hui. Mais je veux me faire le messager d’une attente très forte. Toutes les craintes et les aspirations qu’expriment les jeunes doivent trouver une traduction politique. J’espère que ce message sera entendu. 

Je l’espère, car nous sentons monter cette lame de fond d’une jeunesse qui refuse le sort qui est le sien et l’avenir qu’on lui réserve. Tous les bilans n’ont pas été tirés des mobilisations de la jeunesse qui se sont accélérées ces dernières années. Elles exprimaient pourtant un même malaise : celui d’une génération qui refuse la précarité qu’on lui impose, les discriminations qui la frappe, les inégalités qui la mine, l’absence totale de reconnaissance qui la condamne au silence.  

Les bilans n’ont pas été tirés, quand à cette jeunesse qui espère, le gouvernement répond par la répression et la stigmatisation. Il répond par le fichage honteux dès 13 ans qui considère les mineurs comme des délinquants en puissance. Il répond par un durcissement de la justice des mineurs. Il répond par des peines plancher qui enferment dans la récidive plutôt que d’accompagner vers la réinsertion. Et il brandit en cette période pré-électorale le risque de la violence des bandes pour mieux justifier le retour de sa politique sécuritaire. Parce que c’est porteur électoralement, le gouvernement cherche à faire peur à la société dans son ensemble en montrant du doigt une jeunesse que décidemment il ne sait ni écouter, ni comprendre. 

Des réponses sont donc plus que jamais urgentes, car l’onde sociale de ce séisme provoqué par la crise est brutale et implacable, elle a des conséquences terribles pour les plus faibles.  

Ce que nous voulons, c’est plus de protections face à cette crise. Plus de stabilité dans l’emploi, parce que c’est à cause du développement sans limites des contrats précaires que les moins de 25 ans subissent aujourd’hui une hausse du chômage plus forte que les autres salariés. Plus de protections sociales, pour faire face à la récession et avoir enfin les moyens de se former. Plus de protections lors de la recherche d’emploi, parce que nous sommes exclus des dispositifs d’indemnisation.  

Ce plan d’urgence est une absolue nécessité. Mais il ne saurait suffire. Ce que les jeunes réclament, c’est à sortir de la zone de non-droit dans laquelle ils ont été maintenus. Ils demandent le droit à un haut niveau de formation initiale et à une insertion professionnelle réussie, le droit à un véritable statut social protecteur qui reconnaisse leur autonomie, le droit à un logement indépendant, le droit à la santé, bref, le droit de construire leur avenir sans être contraint de vivre moins bien que leurs parents au même âge.

Nous ne voulons pas de la charité accordée par ceux qui veulent se donner bonne conscience. Nous voulons la justice, nous voulons des droits, nous voulons l’égalité. Pas l’égalité des chances qui n’est qu’une égalité en solde, une forme moderne du renoncement, mais bien l’égalité des droits, l’égalité toute entière, l’égalité jusqu’au bout.

Et nous n’accepterons pas que l’on nous fasse le coup des temps difficiles pour mieux justifier le refus de répondre à nos aspirations. Etait-ce le temps d’y répondre avant ? Que les caisses soient vides ou pleines, ce n’est jamais le temps de répondre à la jeunesse.

Surtout, les caisses ne sont pas vides ! Avec le bouclier fiscal, c’est 458 millions d'euros que le gouvernement cette année a reversé à 14 000 de ses amis ! 458 millions, qu’il a confisqués pour encourager l’égoïsme social de quelques un ! 458 millions, c’est 100 euros par mois d’augmentation pour tous les boursiers ! C’est 15 000 maitres de conférence de plus pour améliorer l’encadrement ! C’est 8000 chambres supplémentaires en cité-U qui peuvent être construites ! Voilà, mes chers camarades, le cout social pour les étudiants des choix politiques et fiscaux du gouvernement. Alors que l’on ne nous dise pas désormais que nos demandes sont irréalistes ou coûtent trop chères. Ce que nous demandons ne relève ni du luxe, ni du caprice. Mais de dignité et de choix de société.

Mouvement social

Chers camarades, l’ambition dont nous devons nous doter lors de ce congrès, ce n’est rien de moins que de redonner une boussole à une jeunesse fragilisée, à une jeunesse qui doute.  

En cet instant, je pense aux étudiants, vis-à-vis desquels nous n’avons aucun droit mais que des devoirs, je pense à tous ces jeunes qui cherchent des points d’appui pour réfléchir et agir utilement. A celui qui ne comprend plus rien, à celle qui est totalement désorientée par les évènements, à celui que l’angoisse saisit et qui a peur du lendemain. A ceux là, l’UNEF s’adresse, pour dire qu’il n’y a aucune fatalité et que l’histoire récente démontre que l’action collective est source de toutes les victoires. L’UNEF s’engage à être un point d’appui à la disposition de quiconque veut agir et se mobiliser. L’UNEF leur dit que s’engager, militer, c’est être libre et commencer à ne plus subir.

Aux étudiants qui souffrent de la précarité sociale, l’UNEF répond qu’elle ne baissera pas les bras, aux étudiants qui crient leur colère contre les inégalités entre universités, l’UNEF répond que des victoires sont encore possibles, aux jeunes qui sont tentés de laisser tomber, l’UNEF répond que les luttes engagées ne sont jamais terminées, aux étudiants qui veulent changer la donne, l’UNEF répond qu’il ne peut y avoir de réussite durable que fondée sur un rapport de force solide et permanent. 

Passer d’un soutien majoritaire des étudiants à une disponibilité pour agir, voilà notre feuille de route syndicale pour les prochains mois.

Certains pourraient être tentés de sombrer dans le défaitisme et la résignation. Ce ne sera pas notre cas. Car malgré les obstacles, ces deux années ont permis au mouvement social de relever la tête. Ceux qui en 2007 pensaient que les résultats sans appels de l’élection présidentielle imposeraient le silence et briseraient toute capacité de contestation étaient nombreux. Ils étaient nombreux mais ils ont perdu leur pari.  

Ils pariaient sur la peur du lendemain pour mater les plus jeunes, ils ont perdu. Ils misaient sur la division entre les syndicats, ils ont perdu. Ils s’appuyaient sur le chômage et la précarité pour imposer la soumission, ils ont perdu. 

La confiance a aujourd’hui changé de camp. Elle est aujourd’hui dans le camp de ceux qui se rassemblent et de ceux qui luttent ! Et nous pouvons être fiers que la jeunesse lycéenne et étudiante organisée ait pu ces derniers mois prendre toute sa place pour imposer par ses mobilisations de premiers reculs au gouvernement, comme sur la réforme du lycée. 

Mouvement dans les universités 

L’expression de ce profond sentiment d’exaspération de la jeunesse se poursuit aujourd’hui dans nos universités. Depuis 11 semaines, les enseignants et les étudiants emmenés par l’UNEF sont engagés dans un bras de fer inédit. Tous les enseignements ne peuvent être encore tirées, et beaucoup reste à faire pour la poursuivre, mais d’ores et déjà nous pouvons affirmer que cette mobilisation est payante. 

En renonçant aux suppressions de postes à venir à l’université, en reportant d’un an la réforme de la formation des enseignants, en réécrivant partiellement le décret sur le statut des enseignants-chercheurs, le gouvernement a dû céder face à la détermination de la communauté universitaire. Face à une situation bloquée, face à un gouvernement sourd et méprisant, l’action collective a fait bouger les lignes. Alors oui, la mobilisation paye ! 

Mais l’honnêteté nous impose une vision lucide de la situation. Toutes nos revendications n’ont pas à ce jour été entendues. Sur la précarité étudiante, sur les inégalités entre universités, sur leur financement à la performance, sur la formation des enseignants et l’avenir des IUFM, les étudiants continuent d’exiger des réponses.  

Le gouvernement leur adresse avec mépris une fin de non-recevoir. Après les tergiversations, les hésitations, les reculs qui ne disent pas leur nom, il fait le choix d’une stratégie de la tension. Cette attitude fermée et agressive dans les universités comme face au mouvement social, est une façon de pousser à une radicalisation de l’affrontement. Nicolas Sarkozy, qui agit plus souvent en chef de bande qu’en chef d’Etat, utilise la peur, l’angoisse, les provocations pour rassembler ce qu’il appelle lui-même la majorité silencieuse, pour la dresser contre ceux qui agissent, qui se battent et qui revendiquent. Faute d’apporter des réponses aux victimes de la crise, le pouvoir tente de les isoler de la masse de la population menacée dans son avenir, pour mieux les condamner tous au silence.  

Il est tellement plus facile d’attiser la haine et d’instrumentaliser les violences que notre société produit plutôt que de lui redonner des repères. Quand les privilèges des uns continuent de s’étaler avec indécence et que le quotidien des autres apporte chaque jour son lot de drames sociaux et humains, nous affirmons que la violence sociale est au moins aussi condamnable que la violence qui s’exprime en retour. 

Dans les universités, ce choix de la tension est irresponsable et dangereux. Nos ministres seraient bien avisés de lever les yeux des sondages d’opinion et des élections à venir, pour s’occuper un peu de la situation. Ils seraient bien inspirés de faire primer le sens de l’intérêt général sur le sens de leur honneur ou de leur carrière, et de recréer enfin les conditions du dialogue pour trouver une issue à la crise actuelle.  

Il n’en prend pas le chemin. Par son autisme et son obstination, le gouvernement porte seul la responsabilité d’un mouvement qui dure. Cette attitude engrange chez les étudiants de l’aigreur, de la rancœur et il faut le dire, de la violence. Mes chers camarades, aujourd’hui l’UNEF prend date. Nous nous en souviendrons. Nous nous souviendrons que face à une mobilisation de cette ampleur, le gouvernement a fait le choix de la rupture avec la communauté universitaire et avec les étudiants. Et nous lui disons que les ressentiments accumulés aujourd’hui s’exprimeront à l’avenir. 

Alors mes chers camarades, nous ne ferons pas au gouvernement ce cadeau du pourrissement qu’il attise et de la division qu’il espère. Le mouvement est suffisamment fort et uni pour tenir bon sur ses revendications, et pour se poursuivre sans retourner contre lui une opinion publique qui le comprend et qui l’approuve. C’est une exigence pour gagner. Et puisque l’occasion nous en est donnée, saluons les milliers d’étudiants qui dans ce mouvement, font chaque jour une leçon de maturité et de démocratie. Il faut saluer cette maturité. Le gouvernement fait chaque jour la preuve qu’il en est lui-même incapable. 

Ce rapport de force nouveau dans l’enseignement supérieur est durable, il va laisser des traces. Les premiers reculs obtenus ces dernières semaines ne sont ni négligeables, ni suffisants. Ils sont un encouragement à poursuivre. Contre la concurrence qui fragilise l’avenir des petites universités et pour garantir l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur, contre les suppressions de postes et pour exiger un plan de recrutements, contre la précarité parce que la situation sociale des étudiants est indigne d’un pays comme le nôtre.  

Ce rapport de force nous ouvre aussi des perspectives nouvelles. Face à un gouvernement désormais sur la défensive, l’UNEF se doit de convaincre sur son projet, de tracer de nouvelles perspectives de transformations pour l’enseignement supérieur, et de fixer les objectifs d’une massification approfondie et d’une démocratisation réussie. 

Oui, nous sommes fiers des formidables réussites de l’université française, qui a su s'ouvrir massivement à de nouveaux publics étudiants en l’absence de moyens suffisant pour accompagner cet effort. Oui nous sommes fiers des réussites du service public d’enseignement supérieur, et nous ne joindrons jamais notre voix à celle de ses ennemis résolus, qu’ils s’abritent derrière l’idéologie libérale ou derrière la thèse absurde du prétendu déclin éducatif. Mais nous refusons de fermer les yeux. L’échec massif en premier cycle, la misère sociale des étudiants, le bizutage pédagogique, l’infime proportion de jeunes parvenant aux même grandes écoles élitistes que leurs parents, le supplice de l’insertion professionnelle, l’opacité de l’offre de formation, l’absence de mobilité, tous ces sujets ne sauraient rester des secrets de famille honteux.  

L’exceptionnelle ambition de former au plus niveau une partie importante de la jeunesse a été peu à peu délaissée. La politique actuellement menée lui tourne le dos. En aucun cas nous ne l’accepterons. L’exigence de démocratisation ne saurait être remise en cause. C’est un facteur de progrès social, économique, démocratique, sur lequel notre pays ne saurait revenir. J’ai d’ailleurs la conviction que c’est parce que la République a abandonné ce dessein que la jeunesse s’inquiète pour son avenir. 

Oui, l’enseignement supérieur a besoin d’être réformée, car il ne s’est pas adapté à l’évolution de son public et parceque que les inégalités sociales s’y reproduisent. Les étudiants ont besoin d’une véritable politique sociale pour lutter contre la précarité qui les frappe. Nos universités ont besoin de réformer leurs premiers cycles pour amener tous les jeunes vers la réussite, elles ont besoin de rassembler en leur sein l’ensemble toutes les formations et de mieux préparer à tous les métiers, elles ont besoin que les qualifications qu’elles dispensent soient mieux reconnues sur le marché du travail, elles ont besoin d’améliorer la lisibilité nationale et internationale de leurs formations. Il y a besoin d’unifier les grandes écoles et universités au sein d’un grand service public de l’enseignement supérieur, d’assurer l’avenir des petites universités, d’augmenter et de valoriser leur potentiel de recherche. 

A l’heure ou le diplôme est la meilleure arme contre le chômage, à l’heure où notre pays connaît une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, le droit à un haut niveau de formation pour chaque jeune doit être affirmé et garanti une politique ambitieuse renforçant l’accès de tous à la formation doit être mise en place. Donner aux jeunes les moyens de se former relève d’une relance par l’investissement dont notre pays ne peut pas se priver. 

Ces réformes ne seront possibles que dans le cadre d’un service public renforcé, doté de moyens financiers et humains conséquents. Le gouvernement fait des choix inverses. Enfermé dans une approche idéologique dépassée, il poursuit une politique visant à l’apparition d’une poignée de grandes universités compétitives sur la scène internationale et reposant sur la logique simpliste et libérale de démission de l’Etat.  

Aujourd’hui, bien des gens révisent leurs anciennes certitudes. Beaucoup sont prêts à entendre ce que hier encore ils refusaient d’écouter. Mais alors que se construit un monde nouveau, il faudrait en rester à l’université d’hier ? En rester à une université toute entière tournée vers l’objectif d’attractivité et de concurrence ? Une université où il n’y aurait plus de place pour la recherche et les sciences humaines jugées non rentables ? Une université qui s’enorgueillit de ses masters finances où les subprimes sont toujours considérés comme un cas d’étude, comme si de rien n’était ? Une université où l’on marchandise tout, même les diplômes ?  

Qui peut croire que les universités autonomes vont spontanément relever le défi de la démocratisation, alors même que la course à la concurrence internationale les conduit à réserver l’essentiel de leurs moyens à quelques formations élitistes et à délaisser les 1ers cycles ? Une politique universitaire n’est pas l’addition des politiques d’établissements. Sauf à revoir ses ambitions quantitatives et qualitatives à la baisse. Voilà ce dont nous accusons le gouvernement : nous l’accusons de fragiliser sans l’assumer l’université publique, de mener une politique de régression universitaire, d’être animé par un désir de revanche sur la massification qui ne dit pas son nom! 

Pour relever le défi de la démocratisation, la politique universitaire ne doit pas avoir pour objectif de tirer quelques établissements du lot, mais bien d’emmener l’ensemble vers l’excellence. Et l’Etat doit pour cela assumer ses responsabilités.  

Mes chers camarades, en ces temps difficile où la lutte apparait nécessaire mais sa finalité parfois incertaine, je crois essentiel de dire un mot sur ce qui constitue le cœur de notre engagement, la sève de nos convictions. L’université que nous défendons, c’est bien d’avantage qu’un service public. C’est un idéal social. Se battre pour l’accès de tous à l’éducation, à l’université, c’est affirmer, de façon permanente et quotidienne, un humanisme militant : nous croyons que tout individu, tout jeune, est perfectible et que l’accès aux savoirs et aux qualifications est la clé de cette émancipation. C’est parce qu’elle tourne le dos à cette mission émancipatrice de l’université, pour l’enfermer dans des logiques de court terme, que nous nous opposons à la politique de Valérie Pécresse. C’est parce que nous sommes attachés à cette mission émancipatrice que nous souhaitons remettre la réussite des étudiants au cœur des préoccupations de l’université et de certains universitaires.

 La bataille est engagée, entre les partisans de l’affaiblissement du service public aujourd’hui à l’œuvre, et les tenants d’une nouvelle étape de sa démocratisation, dont l’UNEF doit être le fer de lance. La bataille est engagée et elle sera rude. Mais nous nous y engageons avec confiance et détermination, parce qu’elle est juste. 

A Valérie Pécresse, qui parle beaucoup des examens en ce moment, nous disons de ne pas s’inquiéter : nos copies seront bonnes. Pour ce qui est de la sienne, à la première session, elle est ajournée. Heureusement pour elle, l'UNEF a toujours défendu la session de rattrapage. Tout est à revoir. Nous attendons donc une autre copie pour la rentrée qui conditionnera son bon déroulement. 

Dans le contexte difficile que nous connaissons, la nécessité pour les étudiants de pouvoir compter sur un syndicat puissant et offensif, est plus impérieuse que jamais. 

L’UNEF devra s’adresser aux étudiants. Nous devrons expliquer, convaincre, redonner du sens à la lutte, faire œuvre de pédagogie parce qu’on ne peut pas combattre efficacement ce que l’on ne comprend pas. Nous devons également proposer une stratégie, celle qui consiste à ne compter que sur nous même pour changer les choses et qui n’attendra pas sagement une hypothétique alternative en 2012 pour obtenir des réponses ; celle qui créera les conditions du rassemblement et de la mobilisation du plus grand nombre ; celle qui continue de nous donner les moyens d’agir au cœur du mouvement social, en lien avec les syndicats de salariés. 

Pour pousser le rapport de force et obtenir le maximum, ce qui fera la force de l’UNEF, c’est sa démarche syndicale toute entière tournée vers l’objectif de résultats tangibles pour ceux que nous défendons. C’est notre volonté de marcher fermement sur nos deux jambes : celle de la négociation et celle de la contestation par la mobilisation. Nous refusons la fausse division entre un syndicalisme de lutte et un syndicalisme de proposition. Se cantonner à l'un ou l'autre est un exercice intellectuel, certes facile, mais qui s'est toujours révélé inefficace.  

Nous pouvons être fiers de notre organisation, de son ascension militante, de ses résultats électoraux, de sa capacité de mobilisation. Mais nous devons aller plus loin. La recherche continuelle du rassemblement du plus grand nombre doit être une priorité absolue. Dans l’action comme pour que d’autres rejoignent notre organisation. Parce que le syndicalisme que nous incarnons, c’est le syndicalisme qui sait se rassembler, pas celui qui cultive les divisions, les faux prétextes, et les intérêts de boutique. Soyons ambitieux pour travailler à l’unité du mouvement étudiant ! Le contexte actuel de régression sociale et l’intérêt des étudiants nous le commandent.

 
CCL
 

Chers amis, chers camarades,  

Si la jeunesse s’exprime avec tant de vigueur, si ses revendications sont formulées de manière aussi ferme, c’est que notre génération veut faire valoir ses aspirations au changement.

Chers camarades, ce qui commence, et cela peut être exaltant, c’est un authentique combat syndical. De ce combat peut naitre une espérance, de cette épreuve peut naitre le désespoir. C’est à la jeunesse tout entière que nous nous adressons : il faut oser, voir grand, ne jamais succomber au découragement.  

Grâce à un rapport de force renouvelé, le mouvement social porte une responsabilité inédite : celle de construire le rassemblement du plus grand nombre pour s’opposer et revendiquer des projets alternatifs, celle d’incarner les aspirations de ceux qui souffrent et ont besoin d’égalité et de progrès. Dans notre champ d’intervention privilégié, l’université, notre responsabilité est identique. 

L’amélioration du sort de notre génération dépend de nous, de chaque militant présent dans cette salle. Nous ne cèderons à aucune fatalité, à aucune résignation, car nous savons qu’il n’est pas de Bastille imprenable pour un syndicaliste convaincu.  

Par son histoire, par sa puissance, par son rassemblement, par son unité, par ses convictions, par sa détermination, cette belle organisation qu’est l’UNEF aborde ces défis avec confiance et détermination.  

Parce qu’elle est du côté de la révolte et de la justice, parce qu’elle est insoumise et insolente, l’UNEF vit et l’UNEF vivra.

 

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