Qu'est-ce que l'UNEF ?
Retrait du Contrat Première Embauche
3 mois de mobilisation, 69 universités en grève, plus de 1 000 lycées bloqués, 3 millions de personnes dans la rue... et finalement une victoire : le retrait du Contrat Première Embauche. Retour sur trois mois de mobilisation dans laquelle l'UNEF et ses nombreux militants ont été à la fois moteurs et acteurs de la contestation.
La mobilisation contre le contrat première embauche constitue la plus importante crise sociale de ces dernières années. Elle constitue également une mobilisation remarquable par son aboutissement : pour la première fois depuis 2002, les organisations syndicales ont obtenu un succès avec, au bout de 3 mois de mobilisations, le retrait du CPE.
Enfin, la mobilisation contre le contrat première embauche a montré une nouvelle fois la place centrale qu’occupe la jeunesse dans l’ordre politique et social.
Enfin, la mobilisation contre le contrat première embauche a montré une nouvelle fois la place centrale qu’occupe la jeunesse dans l’ordre politique et social.

Naissance d’une grogne
Le 16 janvier 2006, lorsque Dominique de Villepin présente son plan pour l’emploi et sa mesure phare, le Contrat Première Embauche, il ne se doute pas qu’il va provoquer un véritable séisme...
Le jour même, l’UNEF publie un communiqué de presse mettant en garde le gouvernement contre toute tentative de rétablir un contrat précaire pour les jeunes. Malgré l’avertissement qu’avait représenté le CIP sur le refus d’un contrat jeune faisant des 18-25 ans une main d’œuvre bon marché, le gouvernement s’est engagé dans une voie le conduisant irrémédiablement au bras de fer avec la jeunesse.
L’UNEF décide, dès le lendemain, de mobiliser les étudiants et lance une pétition pour obtenir le retrait du CPE. La semaine qui suit l’annonce,l’UNEF appelle plus de 15 organisations de jeunesse (syndicats, organisations politiques, associations) à se réunir en un collectif unitaire pour mettre leurs forces en commun.
Pendant près d’un mois, alors que la musique gouvernementale s’agite (« c’est mieux que rien, ça ne concerne pas les étudiants...»), les militants de l’UNEF convainquent les étudiants de l’importance de se mobiliser : diffusions de tracts, pétition, réunion d’information et enfin lancement d’Assemblées Générales qui décideront elles-mêmes de l’organisation du mouvement. Le 7 février 2006, après la première grande manifestation nationale, 2000 étudiants votent la grève à l’université de Rennes 2. C’est l’étincelle qui met le feu aux poudres. Les militants de l’UNEF accélèrent le rythme des assemblées générales, s’éclatent aux quatre coins de la France pour étendre la grève et convaincre toujours plus d’étudiants et de jeunes à rejoindre la mobilisation. Très vite, ce sont 11, 20, puis 45 universités qui votent la grève jusqu’à atteindre, le 16 mars, le chiffre historique de 69 universités en grève sur un total de 84.
Tenir bon
Commence alors une véritable course d’endurance qui oppose les anti-CPE et le gouvernement. Celui-ci use de tous les moyens de pression pour décourager la mobilisation : stigmatisation, répression, pourrissement, division... Mais les anti-CPE tiennent bon et redoublent d’imagination pour passer les défis du calendrier : blocage des réseaux ferroviaires et routiers, occupations de locaux, actions surprises dans des lieux symboliques… Tout est bon pour interpeller et tenir, toujours plus unis, toujours plus nombreux.
Sur les campus, les militants de l’UNEF mettent en place des comités de mobilisation. L’UNEF fait alors le choix de l’auto-organisation du mouvement : des représentants étudiants sont élus dans les assemblées générales et une coordination nationale étudiante se met en place le 18 février à Rennes. L’UNEF met également à disposition ses locaux et son matériel pour assurer la poursuite de la mobilisation.
En mars 2006, en plein cœur de la mobilisation, les élections au CROUS donnent alors au gouvernement une occasion de soumettre le syndicat à un chantage scandaleux (voir dossier "Robien tricheur" sur le scandale du CROUS) : le déblocage des universités contre le report des élections. Condamnant toute tentative de marchandage, pour la première fois en 25 ans, l’UNEF appelle au boycott des élections et appelle ses militants à ne pas y participer. Si en temps normal, les élections aux CROUS représentent des échéances majeures qui déterminent la capacité de l’UNEF de peser sur les questions sociales étudiantes et de fonctionner grâce aux subventions qu’elles apportent, celles-ci ne pouvaient constituer un frein à la lll lll mobilisation.
L’union fait la force
Très vite, la grogne se répand à tous les niveaux, à commencer par l’ensemble de la jeunesse. Les étudiants, puis les lycéens et les jeunes non scolarisés se donnent rendez-vous dans la rue pour protester et exiger le retrait du CPE. A l’appel de l’UNEF, l’ensemble des organisations de salariés, d’étudiants et de lycéens (UNEF, CGT, FO, UNSA, FSU, CGC, CFDT, CFTC, Solidaires, UNL, Cé, FIDL) se rassemble depuis janvier au sein d’une intersyndicale pour former un front syndical unitaire. Mettant de côté leurs divergences et oppositions passées, ces organisations jouent pleinement l’unité en signant des communiqués communs d’appel à la mobilisation pendant les 3 mois de contestation.
C’est la grande leçon de cette mobilisation : la jeunesse rassemblée autour d’une revendication commune et portée par la solidarité des salariés et de la société, a été le vecteur de ce mouvement social qui a mené, le 4 avril 2006, 3 millions de personnes dans la rue. L’unité a été un élément central de la réussite de cette mobilisation. C’est par le choix de faire du retrait du CPE une question unifiante que durant douze semaines l’unité a été totale. Pour autant, parce que la crise sociale ne pouvait se limiter à cette seule question, la jeunesse a, par l’intermédiaire de l’UNEF et par une expression puissante des universités mobilisées, su porter son message de refus de la précarité, au-delà de la seule question du CPE.
En respectant les formes de mobilisations propres à tous les acteurs mobilisés, le mouvement contre le CPE a su donner sa place à tout le monde. L’UNEF, en tenant les deux bouts de la mobilisation a occupé une place déterminante. Durant tout le mouvement, l’UNEF a pris toute sa place au sein de l’intersyndicale et répondre ainsi à la volonté d’unité de la majorité des salariés et des étudiants. Ainsi, le rôle de l’UNEF, présente aussi bien dans l’intersyndicale que dans les coordinations nationales, a été déterminant.
La mort du CPE : une victoire historique du mouvement social
Dans une ultime tentative, Chirac promulgue le CPE le 31 mars, pour annoncer ensuite qu’il ne l’appliquera pas. La colère redouble et le 4 avril, pour la deuxième fois consécutive, 3 millions de personnes manifestent. Le 10 avril, le gouvernement cède et annonce le retrait du CPE. Par leur mobilisation, les étudiants, les lycéens et les salariés ont réussi à faire barrage à une mesure régressive, qui annonçait la création d’un contrat précaire unique pour tous les salariés. Après trois mois de mobilisation, le mouvement social a gagné la bataille. La victoire contre le CPE marque une première rupture des politiques libérales menées depuis plus de quatre ans contre les solidarités collectives. De nombreux droits restent à défendre, de nombreux reculs (comme le CNE) doivent être combattus. S’appuyant sur la défaite infligée au gouvernement, l’UNEF lance une campagne d’adhésion pour que chaque jeune mobilisé prenne conscience que le combat doit continuer. Il existe un outil pour le mener : le syndicat.
Majoritairement favorable au CPE dans les jours qui ont suivi son annonce, l’opinion publique a été sensible au travail de conviction et d’explication. Ainsi, en plus du rapport de force physique construit dans la rue, nous avons construit un rapport de force intellectuel qui a très largement contribué au ralliement de l’opinion et à l’enterrement du contrat première embauche.
Plusieurs enseignements peuvent aujourd’hui être tirés de ces trois mois de crises.
Le premier constat c’est celui du refus de la jeunesse de voir le périmètre des protections collectives existantes disparaître ou sacrifiées sur l’autel du néo-libéralisme.
Le second constat c’est la demande forte de sécurisation sociale qui s’est exprimé, aussi bien chez les salariés que chez les jeunes. Aujourd’hui, la question d’un statut social de la jeunesse avec pour mesure centrale la mise en place d’une allocation d’autonomie est urgente.
Le troisième constat porte sur les cadres d’engagements collectifs. Le mouvement contre le CPE a été de nature très syndicale. Alors qu’on disait la jeunesse dépolitisée et atone les jeunes ont montré que leur capacité à se révolter et à s’organiser était intacte.
Dans cette mobilisation, le syndicat a pleinement rempli son rôle. Il a su pendant de longues semaines sensibiliser les étudiants pour construire la mobilisation. Outil à disposition de la jeunesse mobilisée, vecteur d’unité, l’UNEF a su mettre en branle l’ensemble de l’organisation pour mener, trois mois durant, une mobilisation qui s’est achevée sur une incroyable victoire.


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