Elus étudiants
Compte rendu du CNESER du 6 juin 2006
Etudiants présents : Sophie BINET (UNEF), Geoffroy Léna (PDE) seulement le matin. La FAGE et l'UNI sont absents.
Ordre du jour :
Le CNESER habilitation voyait passer l'ensemble de l'offre de formation des universités du nord pas de calais (Lille 1, Lille 2 et Lille 3, Littoral, Arras et Valenciennes) et l'université Antilles Guyane. Il s'agissait des premières habilitations de renouvellement du LMD. A chaque fois, ce sont les Présidents des universités concernées accompagnés des Vice-présidents CA et/ou CEVU qui venaient présenter l'offre et répondre aux questions du CNESER. Un questionnaire UNEF envoyé aux élus étudiants des universités concernées nous a permis de compléter notre analyse des dossiers et de disposer d'éléments de détail sur chaque offre de formation. Nous avons ainsi pu soulever les problèmes saillants dans chaque université, et saluer les avancées. Nous avons été les seuls élus étudiants à prendre la parole...
1- Eléments généraux
Bilan :
Alors qu'il s'agissait des premières habilitations d'universités qui étaient déjà passées au LMD, aucun bilan n'a été dressé. Lors de la présentation de leur offre, les universités n'ont donné aucun élément sur l'évolution du taux de réussite, le développement de la pluridisciplinarité, l'enseignement des langues ou encore le nombre d'étudiants partant en mobilité. Pire, interpellé par les élus « UNEF et associations étudiantes », le Ministère a cédé du bout des lèvres qu'il serait possible de missionner la Division de l'Evaluation et de la Prospective pour faire une évaluation du LMD mais que c'était compliqué....
Réduction de l'offre :
Le CNESER habilitation a été l'occasion de découvrir la nouvelle « doctrine » du ministère pour le LMD : la concentration de l'offre de formation semble être l'unique objectif, et la diminution du nombre de domaines, de mentions et de spécialités est très frappant. L'objectif de tout cela évidemment : faire des économies d'échelles et pouvoir mutualiser un maximum d'enseignements.
Stabilité de l'offre :
A part la réduction du nombre de mentions, l'offre de formation semble très stable, avec assez peu d'innovations en termes de mesures contre l'échec, de pluridisciplinarité, d'enseignement des langues...
Incohérences du LMD :
Ce CNESER a encore une fois été l'occasion de démontrer la nécessité d'un cadrage national du LMD, du fait de ces nombreuses incohérences :
- Calendrier : Les universités du Nord Pas de Calais ont de nombreuses cohabitations et une harmonisation au niveau régional de leur offre de formation. Pourtant, le calendrier universitaire est totalement différent d'une université à l'autre et entrave les possibilités de mobilité.
- Les intitulés de diplômes sont totalement incompréhensibles. Par exemple, les STAPS se sont mis d'accord au niveau national pour délivrer des diplômes identiques. Arras et Littoral cohabilitent un certain nombre de master de staps. Pourtant, à Arras, la dénomination est différente de celle de Littoral :
o Diplôme de Staps à Arras : Domaine : Staps, mention : éducation et motricité
o Diplôme de Staps à Littoral : Domaine : sciences et technologie, mention : Staps, spécialité : éducation et motricité
Soit la distinction domaine/mention/spécialité ne sert à rien, soit les intitulés sont totalement incohérents...
IUP
De nombreux IUP qui avaient été maintenus dans la première offre en 3 années, en général Bac +3, 4, 5, ont cette année été totalement « mastérisés » et ont donc disparu du paysage...Alors que le Ministère semble préoccupé par la professionnalisation des études universitaires, il est regrettable qu'il n'ait pas maintenu une filière qui marchait bien, mais coûtait peut-être un peu trop cher...
2- Points saillants pour chaque université
Lille 1 (Sciences économiques et Sciences essentiellement) :
L'université semble préoccupée par l'échec des étudiants et a mis en place un dispositif très intéressant de lutte contre l'échec. Durant toute la licence, il existe 3 parcours de niveaux, adaptés au niveau des étudiants. Les étudiants les plus faibles ont le suivi et les moyens pédagogiques les plus importants. Ce sont les étudiants qui s'auto évaluent et choisissent les parcours de niveau.
Lille 2 (Droit, Santé, Sciences économiques, Staps) :
L'université de Lille 2 a fait le choix de supprimer la compensation annuelle, et déplore du coup les difficultés en terme de redoublement, de chevauchement des emplois du temps et des épreuves de rattrapage. Suite à notre intervention, l'université a répondu qu'elle était ouverte à la possibilité de réinstaurer la compensation annuelle, mais qu'elle souhaitait en échange supprimer la seconde session d'examens... L'université semble avoir oublié que la 2nde session était une obligation légale, les juristes sont toujours les premiers à contourner la loi !
Nous avons également posé une question sur le rapport avec l'institut catholique de Lille, l'université de Lille 2 remontant systématiquement les demandes d'habilitations de la catho, et servant de prête-nom sur des cohabilitations pour permettre à la catho de délivrer des diplômes nationaux. Il semble finalement que l'université de Lille 2 refuse un maximum de dossiers, et que ce soit le ministère qui mette la pression à l'université pour qu'elle remonte les dossiers de la catho...De même, il semble que le Ministère manoeuvre pour que la catho puisse faire partie du PRES lillois...
Lille 3 (Sciences humaines et sociales, Arts, Langues et communication) :
Nous avons posé de nombreuses questions à l'université sur les moyens qu'elle développait pour lutter contre l'échec en licence.
En effet, le calendrier universitaire est semestrialisé, avec une session de rattrapage directement après le 1er semestre, en février, et la deuxième en juin. Même si l'université a maintenu la compensation annuelle, elle ne s'applique qu'après les rattrapages alors qu'une session de rattrapage unique en juin ou septembre permettrait d'éviter aux étudiants de repasser l'épreuve qu'ils ont compensée. Aucune évaluation des enseignements n'est mise en place, et suite à notre question, le ministère a signifié que cela serait obligatoire pour le prochain contrat. Enfin, aucun dispositif spécifique de lutte contre l'échec n'est développé. Nous avons interpellé le ministère sur la question des moyens, l'université de Lille 3 étant particulièrement sous-dotée.
Artois (Lettres, Droit et Sciences économiques, Staps, Sciences) :
- Compensation annuelle : Nous avons souligné que la suppression de la compensation annuelle entraînait beaucoup de complications administratives : un double jury est mis en place, sur le semestre et sur le cycle, et les modalités de progression font que l'étudiant peut-être interrompu en cours d'année universitaire, sans pouvoir s'inscrire au deuxième semestre, mais sans pouvoir redoubler non plus car les cours ont lieu au premier semestre. L'université a répondu que ces problèmes pouvaient être réglés par des points de jury, et que l'étudiant pouvait éventuellement suivre les cours du semestre suivant et avoir son semestre gelé, tant que le semestre précédent n'était pas validé...Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué...Le président a tout de même estimé qu'il était « envisageable d'imaginer la compensation annuelle... ».
- Calendrier : Au sein même de l'université, le calendrier n'est pas harmonisé, et certaines filières ont des sessions en septembre, d'autres en juin, ce qui est très handicapant pour les réorientations...
- Eléments positifs :
- Evaluation des enseignements : l'université a mis en place une procédure d'évaluation des enseignements très poussée, avec une commission composée paritairement d'étudiants et d'enseignants élus, qui propose des thèmes d'évaluation par questionnaire auprès des étudiants, et fait remonter tous les ans les résultats au conseil d'UFR et au CEVU. Exemple à suivre... A quand une enquête sur la compensation annuelle ?
- Suivi individuel : Le suivi individuel des étudiants est très poussé, l'université dispose d'un institut pédagogique...
- Insertion pro : l'université a intégré dans tous ses cursus des modules de préparation au projet professionnel
Littoral (Droit, Sciences humaines et sociales, Sciences économiques et Sciences)
Problèmes évoqués :
- L'université délivre des diplômes en cohabilitation, dont un master de staps avec Artois, Valenciennes, Amiens et Lille 2. Comment les études sont elles organisées pour les étudiants ? Il semble en fait que la cohabitation soit un prétexte pour obtenir un master et que les cours sont organisés dans chaque université, mais la réponse apportée par l'université était extrêmement obscure...
- Nous nous sommes élevés contre la fermeture du master pro « direction d'entreprise et métiers du conseil », alors que la filière éco accueil 30% des étudiants de l'université en licence et que ce master est un des seuls à être situé sur le site de Boulogne...
Valenciennes (Sciences, Lettres, Droit, Sciences économiques)
L'université est passée dans les premières au LMD à la rentrée 2003. C'est la seule qui ait présenté un petit bilan. Selon la Présidente, les taux d'échec ont baissé.
Nous avons relevé plusieurs problèmes :
- La suppression de la compensation annuelle
- L'évaluation des enseignements qui n'est pas systématisée
- La règle d'assiduité dans une licence de droit qui prévoit qu'au bout de 2 absences injustifiées l'étudiant passe en section disciplinaire !!!
Antilles Guyane
L'université Antilles Guyane avait fait le choix de ne pas anticiper le passage au LMD, et était la dernière université française à passer au LMD. Les enseignements sont organisés en Guadeloupe (5600 étudiants), en Martinique (5700 étudiants) et en Guyane (1690), distants de 1500 km.
Les problèmes que nous avons soulevés :
- Nous nous sommes félicités du travail de l'université qui a élaboré une offre très cohérente malgré l'éloignement des sites. Ainsi, des modalités de contrôle de connaissance unifiées sont adoptées avec un règlement de contrôle de connaissance commun pour l'ensemble des sites et des filières. De même, le calendrier universitaire est commun. Grâce au travail des élus étudiants, les droits étudiants ont été conservés voire améliorés, avec le maintien de la compensation annuelle, la prise en compte de la meilleure des 2 notes au rattrapage par exemple. De nombreuses dispositions pédagogiques sont introduites, comme l'obligation qu'il y ait au minimum une épreuve d'oral, que le contrôle continu soit toujours privilégié, ou que les cours soient dédoublés.
- Nous avons soulevé le manque de moyens accordé à l'université qui, du fait de la situation sociale des étudiants qu'elle accueille et de l'éloignement de ses sites, a besoin de plus de moyens que les autres universités. En effet, l'organisation d'un CA coûte par exemple 20 000€ à l'université, celle d'un congrès pour élire le Président 50 000€ (transport et hébergement) !! Le ministère a répondu que le contrat quadriennal de l'université avait été sensiblement augmenté, cependant la dotation de fonctionnement n'a pas bougé...
- Nous avons regretté que le ministère soit si sévère dans ses avis et refuse ainsi l'ouverture de 4 masters d'économie (« monnaie banque finance », « gestion et évaluation des collectivités territoriales », « entreprises et marchés », « tourisme durable et aménagement »), et de 3 licences professionnelles. Nous avons en plus constaté, avec les élus « UNEF et associations étudiantes » des Antilles, que l'ensemble des demandes de masters n'avait pas été présentée en CNESER, et que les masters STAPS n'apparaissaient pas sur le document du CNESER par exemple. Il est probable que le Ministère ait demandé à l'université de ne pas tout présenter pour ne pas faire augmenter le nombre de diplômes refusés par le ministère...
- Nous sommes enfin revenus sur la concurrence qu'organisent certaines universités parisiennes aux Antilles. En effet, l'université de Versailles St Quentin par exemple, organise des formations continues en Guadeloupe en lien avec une école de commerce privé directement en concurrence avec l'université Antilles guyane. Nous avons interpellé le ministère pour qu'il prenne ses responsabilités et réglemente la carte des formations, car il est scandaleux que la concurrence se développe au sein même du service public, et qu'une université publique préfère s'allier avec un établissement privé plutôt qu'avec une autre université publique. De plus, l'université Antilles Guyane est la mieux placée pour organiser ces formations à moindre coût et il est scandaleux que de l'argent public serve à financer des formations qui pourraient être mieux organisées par l'acteur local ! Directement interpellé, le ministère a encore renié ses responsabilités et expliqué que cela relevait de l'autonomie des universités !
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