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Intervention des élus UNEF au CNESER d'habilitation des licences professionnelles (25/04/2006)
Les licences professionnelles ont été lancées en 1999, et aujourd'hui, 6 ans après leur mise en place et le jour du lancement à la Sorbonne du grand débat université-emploi, il semble approprié d'en faire l'évaluation.
Indéniablement, les licences pro ont séduit. Le nombre d'étudiants en licences professionnelles a augmenté de 58% depuis 2000, et ce sont plus de 1000 licences professionnelles, accueillant plus de 25 000 étudiants qui étaient ouvertes cette année. Le taux de réussite est très bon, 83% des étudiants réussissent leur licence pro en 1 an. Enfin, les taux d'insertion sont plutôt bon, la dernière étude du Céreq démontre que les sortants de licences professionnelles ont un peu mieux résisté à la dégradation de l'activité économique en 2001 et ont surtout pu accéder à des emplois plus qualifiés et plus durables que les autres sortants bac+2 et bac+3.
Cependant, un certain nombre de questions sont désormais posées aux licences professionnelles :
> Quelle intégration des licences pro dans le LMD ?
Mises en place avant le décret LMD (novembre 2001), la licence pro se prépare en 1 an. La majeure partie des étudiants de Licences pro viennent de DUT ou de BTS, souhaitant ainsi disposer d'un niveau bac+3. Cette stratégie est payante, car leur salaire est sensiblement plus élevé que les diplômés de DUT, cependant, la licence pro ne joue pas le rôle de sortie qualifiante pour les étudiants en Licences générales. En effet, le positionnement des licences pro, extrêmement spécialisées et ciblées sur des niches d'emplois très spécifiques, ne leur permettrait pas de se développer beaucoup au-delà de 50 000 diplômés annuels. Nous pensons qu'il faut revoir l'arrêté licences professionnelles pour en faire l'équivalent du master pro au niveau licence, et faire en sorte que tous les étudiants qui ne continuent pas leurs études sortent avec une licence professionnelle. Pour cela, il faut que la licence pro soit beaucoup plus générale que la licence pro actuelle, et prépare à toute une série de métiers. Il faut aussi évidemment que son accès ne soit pas sélectif et qu'elle permette les poursuites d'études.
> Quelles modalités d'accès à la licence pro ?
L'arrêté licence pro de 1999 prévoit qu'en 2002, la sélection à l'entrée des licences pro cesse. Force est de constater aujourd'hui que malgré le développement important du nombre de licences pro, leur sélectivité a augmenté puisqu'elles sont de plus en plus demandées. La sélection opérée à l'entrée des licences professionnelles est donc illégale.
> Quelles poursuites d'études après la licence pro ?
La licence pro n'ouvre pas de droit systématique à la poursuite d'études, et très souvent, la poursuite d'études semble considérée par les experts du ministère comme un signe de mauvaise insertion professionnelle de la licence pro. Nous pensons au contraire que des passerelles doivent être organisées en permanence entre les formations professionnelles et les formations générales, et que la poursuite d'étude doit toujours être possible. En effet, revaloriser les filières professionnelles nécessite de supprimer toutes les filières butoirs qui ne permettent pas la poursuite d'études.
> Quelle évaluation des licences pro ?
Les avis des experts se basent pour beaucoup sur l'insertion professionnelle des étudiants. Si cet élément est important, il ne saurait être la seule base à un avis pour plusieurs raisons :
- L'université n'est pas responsable de la structure du marché de l'emploi. Dans certains secteurs, les qualifications ne sont pas reconnues et les postes sont souvent très précaires, comme par exemple dans le secteur artistique, ou sportif, ou dans le secteur des médias, sans que l'on puisse en imputer la responsabilité à l'université.
- Le nombre de diplômés en licence pro est très faible, et les statistiques sur 20 diplômés sont très discutables. Bien souvent, elles sont établies à trop court terme pour que l'on puisse juger de la réelle insertion au long terme des diplômés.
> Quels intitulés ?
Les seuls intitulés nationaux des licences pro sont les noms de mention très généraux, ce alors que le nom utilisé est celui de la spécialité. Les noms de spécialité ne sont pas toujours lisibles, nombreux sont ceux qui s'étalent sur plusieurs lignes, comme à Paris 13 par exemple (Licence pro « automatique et robotique industrielles, métrologie dimensionnelle, qualité de la production en mécanique, conception et industrialisation de produits, prototypage et outillages rapides, conception collaborative, maquette virtuelle »). Un certain nombre de licences pro font apparaître dans le nom de spécialité la liste des options disponibles (exemple à Reims : « Arts, goûts et culture de la table option : les nouveaux métiers des arts culinaire et du tourisme du terroir »). D'autres ont un intitulé beaucoup trop ciblé, comme la licence pro d'Arras « Conseiller en développement - Tennis de table ». Il semble indispensable de clarifier le rôle de l'intitulé spécialité, ainsi que d'avancer vers des intitulés nationaux de spécialité.
> Quelle articulation avec les diplômes des formations professionnelles réglementées des autres ministères ?
Par exemple, dans le secteur santé social, certaines licences professionnelles « expertise sociale » ou « intervention sociale » peuvent faire doublon avec le diplôme d'assistante sociale. La même question se pose pour certaines licences pro de staps qui peuvent sembler faire doublon avec des Brevet d'Etat.
A lire aussi
- Aller plus loin sur la réglementation des stages !
- Projet de réglementation des stages
- Arrêté relatif à la licence professionnelle (17/11/1999)
- Rapport de présentation relatif à la licence professionnelle (09/12/1999)
- Avis et rapports du Conseil Economique et Social sur l'insertion professionnelle des jeunes (séances du 5 et 6 juillet 2005)

