La réforme LMD remet en cause les relations entre les ENS et les universités
Aujourd'hui, la plupart des étudiants des 4 ENS suivent, au cours de leurs deux premières années, un cursus universitaire : les écoles normales n'étant habilitées à délivrer que des diplômes de troisième cycle (DEA, thèse), les étudiants de première et deuxième années d'école doivent valider une licence et une maîtrise au sein de l'Université avant de se lancer dans un DEA qui peut être propre à l'école.
Cette architecture a une double cohérence : d'une part elle intègre les élèves des ENS, pour la plupart issus de classes préparatoires, à la communauté universitaire, coeur de l'enseignement et de la recherche et principal débouché des élèves normaliens. D'autre part elle répond au rôle des ENS à savoir la formation spécifique à l'enseignement et à la recherche, le rôle de diffusion des savoirs revenant à l'université.
Dès la rentrée prochaine, la mise en place de la réforme LMD autorise les écoles à délivrer leur propre Master, soit en partenariat soit indépendamment des universités. Ce sera sans doute l'occasion pour les écoles d'afficher de manière plus lisible leur offre de formation au niveau européen, et de mettre en place de nouvelles structures de recherche communes avec les universités. Toutefois la délivrance de Masters propres aux écoles comporte des risques non négligeables. En effet elle représente pour les directeurs d'ENS et certains directeurs de département la tentation de se dégager progressivement de leurs partenariats avec les universités sans toujours en avoir les moyens pédagogiques et financiers. Dès la rentrée 2005, les élèves ayant intégré l'école en 2004 ne seront plus tenus de valider une maîtrise en université. A terme, la validation de la licence pourrait à son tour devenir accessoire.
Les masters qui seraient ainsi délivrés de façon autonome par les ENS n'offriraient pas de réelles garanties scientifiques et s'appuieraient essentiellement sur la réputation des écoles. De plus la remise en cause du partenariat avec les universités pourrait conduire à une réduction des débouchés universitaires pour les élèves des ENS.
Ainsi dans l'application de cette réforme on risque d'assister à une redéfinition implicite du rôle des ENS (la formation d'enseignants du supérieur) voire d'entériner la séparation entre les écoles et les universités.

