Quel avenir pour les écoles dans le système d'enseignement supérieur ?
Harmonisation européenne, reconnaissance des formations, professionnalisation de l'enseignement supérieur, démocratisation, ... . Autant d'enjeux auxquels les écoles devront répondre. Les élus étudiants doivent pouvoir s'exprimer sur toutes ces questions.
Face à la massification de l'enseignement supérieur, les écoles sont restées isolées. Cette position est amenée à évoluer. L'Université accueille un public de plus en plus nombreux et divers. Par ailleurs le système universitaire n'est plus uniquement un lieu d'enseignement théorique, on peut aussi y acquérir une formation concrète dans un champ professionnel.
Par ailleurs, plus que dans le reste du système d'enseignement supérieur, les écoles ont un problème de démocratisation sociale. En effet, 49% des étudiants sont enfants de cadres ou professeurs, 17% enfant d'ouvriers et employés. Cela représente une grosse distorsion par rapport à la répartition de la population. Il ne s'agit pas d'incriminer directement les établissements comme uniques responsables de cet état de fait. Pour autant cela pose la question de la lisibilité des formations, de la pertinence des différentes formes de sélections, des différentes possibilités de passerelles avec les autres formations.
La question de la lisibilité des formations se pose pour n'importe quel étudiant désirant suivre une formation dispensée en écoles. Par exemple pour les formations d'ingénieur, à quelles réalité correspond l'existence de 250 écoles différentes aux formations variées, parfois hyperspécialisées ? Le regroupement des écoles est une des voies à creuser. Cela permettrait également d'offrir une formation plus généraliste. Ce type de formation est une garantie pour avoir les moyens de s'adapter aux évolutions des métiers et des techniques.
Il est également important que les formations des écoles ne se rendent pas inaccessibles en augmentant les frais d'inscriptions. Celles-ci doivent rester dans le cadre du service public et donc permettre à chacun d'y accéder quel que soit sa situation sociale. Cette notion de service public implique également que l'Etat ne se désengage pas financièrement de ces formations, ce qui pousserait les établissement à chercher des financements auprès d'intérêts privés.
Il faudrait par ailleurs éviter que le système des écoles reste hermétique à une plus grande ouverture vers le reste du système éducatif. Le développement des passerelles, des dispositifs d'équivalence, l'élargissement des recrutements à diverses filières permettrait à chacun de construire son orientation.
La question est bien celle de la réduction des inégalités à l'intérieur de l'enseignement supérieur. Il ne s'agit pas de procéder à une harmonisation par le bas, mais bien de tracer des perspectives pour avancer vers une unification par le haut de l'enseignement supérieur français. Cela passe d'abord par l'égalité des droits, où les étudiants en écoles ont beaucoup à gagner (sur les modalités de contrôle des connaissances par exemple), mais également par l'égalité des financements, quand les établissements sont dramatiquement inégaux aujourd'hui, face aux financements privés mais également aux dotations publiques (l'argent que consacre l'Etat par étudiant peut varier du simple au triple en fonction de son établissement).
La mise en place du dispositif LMD peut s'avérer un outil pour rapprocher les deux sphères du système dual actuel, mais à condition que certaines garanties soient respectées. S'il peut être positif que les écoles délivrent le diplôme de master à l'image des universités, les écoles doivent être soumises aux mêmes modalités d'évaluation et d'habilitation que les universités et obéir à des critères communs (lien avec la recherche, droits étudiants, équipes pédagogiques...).
Ces évolutions doivent s'accompagner d'une amélioration du fonctionnement démocratique des établissements et en particulier des possibilités pour les élus étudiants d'influer sur les décisions concernant le contenu des enseignements, les modalités d'examen, la pédagogie, les orientations des établissements, les conditions de vie des étudiants... .
Enfin l'harmonisation européenne des formations ne doit pas laisser isolé un système des grandes écoles bloqué dans une optique d'autonomie des établissements et de développement des diplômes d'établissements, encore moins lisible à l'échelle européenne qu'à l'échelle d'un pays.

